L’escargot de l’entraide – Impuissance et bonne volonté

Youpi, encore un mini zine à colorier ! 

Pour réfléchir ensemble sur les entraides possibles – pour aller à l’encontre des sentiments d’impuissance que les valides et neuro/psycho-typiques peuvent éprouver face à leurs proches atypiques.

escargot

Encore un mini zine à colorier, pour réfléchir ensemble sur les entraides possibles – pour aller à l’encontre des sentiments d’impuissance que les valides et neuro/psycho-typiques peuvent éprouver face à leurs proches atypiques.

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Tu es proche de quelqu’un.e qui a un trouble, une maladie, une atypicité. Le genre de truc coriace, qui n’est pas prêt de lea laisser tranquille, auquel iel est confronté.e en permanence, qui l’oblige à s’adapter tout le temps pour pas avoir une vie trop merdique.
Quand iel raconte ce qui lui arrive, exprime ses souffrances et que tu lae vois s’adapter au quotidien, tu te sens parfois débordé par un sentiment d’impuissance. Tu culpabilises peut-être un peu, alors pour te sentir mieux, tu dis et tu fais… des conneries. De bonne volonté, bien intentionnées, mais des conneries quand même.
Souvent, l’impuissance bien intentionnée croit faire du bien et s’acquitter de son devoir – mais en fait, elle risque très fort d’être paternaliste, infantilisante, réductrice, pathologisante, bref, d’exercer une violence symbolique. Rien de très grave ? Seulement la répétition de ce que nous voyons et entendons autour de nous depuis notre naissance, les choses qu’on a appris à penser et à dire et à faire. Des choses que la personne concernée entend et vit dix fois par jour et qui l’invalident.
Oui, tu as le droit de te sentir impuissant.e, tu as le droit de te sentir mal. Il faut accepter de te sentir mal. Ne cherche pas à effacer ton impuissance le plus vite possible, pour te sentir mieux tout de suite et retrouver ton confort habituel.

Car ce n’est pas ça le problème.

La personne qui a un trouble est telle qu’elle est, c’est ce qu’il faut accepter. L’accepter elle ; accepter son trouble ; accepter qu’elle ait ce trouble ; et très probablement, accepter notre impuissance collective et médicale à « réparer » ce trouble pour obtenir une personne productive et performante ne dépendant de rien ni personne. S’il y a quelque chose à changer, ce n’est pas elle – mais le monde qui l’entoure pour qu’il soit moins dur, cruel, douloureux, épuisant. Pour tous.tes

Souviens-toi :

La situation des personnes qui ont des troubles, maladies, atypicités n’est pas « anormale ». Il y a des millions de gent.es dans des situations similaires. Tout le monde a fini par se laisser convaincre que certaines situations étaient « pas normales », que certaines existences valent moins (d’attention, de soins, de respect, de revenus, d’autonomie). On a construit un monde qui met des bâtons dans les roues à toutes les personnes qui ne sont pas productives et performantes. On les a rendues invalides et encore plus dépendantes en considérant qu’elles avaient déjà la chance de survivre, et ne méritaient pas leur autonomie. C’est contre ça qu’il faut lutter !

Si tu es de bonne volonté et de bonne foi, il y a tout un tas de choses utiles et justes à faire :

  • Ecouter, très bien écouter. Soutenir et confirmer l’autre dans ses choix, ses gestes, ses doutes. Développer ton empathie, c’est-à-dire la compréhension de l’autre et de ses émotions. Sans jugement, sans s’affliger soi-même (sans pitié), sans chercher à prendre part aux émotions de l’autre (sans compassion, mauvaise conseillère).
  • Analyser pour toi-même comment tu te sens pour l’autre : ne pas savoir quoi dire, ne pas savoir quoi faire, être triste, être en colère, être frustré, avoir un sentiment d’injustice… pour mieux apprendre à accepter la situation. Ne cède jamais à la tentation de faire de tes émotions « le problème à résoudre » entre vous. Ne demande jamais à la personne en souffrance de te consoler de te rassurer pour ce qui lui arrive à elle (ce qui est drôlement cruel et très fréquent). Il peut arriver que tu te sentes triste, en colère, frustré ou avec un sentiment d’injustice pour toi-même dans une relation avec une personne qui a un trouble à cause de son trouble : ce qui mériterait une introspection sur les attentes et exigences que tu as envers tes proches.
  • Proposer (sans imposer) de réfléchir ensemble à une aide matérielle, avec des modalités concrètes. « Appelle-moi si t’as besoin » et « Je suis là pour toi » n’amènent pas loin. « Je passe chez toi t’aider à faire la vaisselle une fois par semaine » c’est un super beau résultat : ce genre de trois fois rien peut faire beaucoup.
  • S’informer par soi-même comme un.e grand.e sur le validisme, les psychophobies. Tout plein de littérature et de zines et de comics et de groupes d’entraide n’attendent que toi. ça te permettra de mieux comprendre quelles sont les conneries à ne plus dire ni faire. En vrac : les jugements de valeur, comparaisons, évaluations, la mesure, chercher à expliquer avec un discours médical, justifier avec un discours psy, donner des conseils, faire des reproches, dissuader, inciter, empêcher, obliger, infantiliser… bref : tout ce qui remet en question l’autonomie des décisions et l’autonomie des interprétations de la personne qui a un trouble.
  • Proposer (sans imposer) de réfléchir ensemble au support que tu peux apporter pour faciliter l’adaptation de la personne qui t’est proche à un environnement qui lui est hostile et qu’elle ne peut pas changer d’un coup de baguette magique. Selon si elle décide de « faire avec », de « changer son comportement », de « modifier son environnement », de « demander une reconnaissance », de « se résigner et fuir » ou de « renoncer d’emblée » : la confirmer dans son choix, obtenir le soutien des autres, trouver ensemble les moyens d’y arriver au mieux dans une dynamique collective.
  • Parler validisme et psychophobie avec des personnes concernées pour apprendre d’elles ; faire passer les messages des luttes anti-validistes et anti-psychophobies à ton entourage. Les personnes valides écoutent mieux les valides que celleux qui sont invalidés. Et peut-être même militer auprès d’un groupe de personnes concernées, en se mettant à leur service ?

Tout ça en étant à l’écoute de tes limites et des limites de l’autre. Il s’agit des « limites » au-delà desquelles l’action de quelqu’une porte atteinte à notre intégrité physique ou psychologique. Il ne s’agit pas de ce que chacune fait pour soi-même.

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