Mémo de la manif pas (trop) validiste

… à l’attention des collectifs

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Quasi toutes les manifs de lutte ou les fiertés sont inaccessibles à tout plein de personnes. En particulier handies, psychoatypiques (troubles mentaux), malades chroniques, Sourd.e.s, neuroatypiques (autisme) et malvoyant.e.s. On aimerait venir, mais on ne peut pas. Pas sans nous mettre en difficulté, pas sans douleurs, sans crises, sans se sentir mal plusieurs jours. Les manifs ne sont pas accessibles : elles nous excluent.

En même temps on entend plein d’injonctions à se rendre aux manifs, à « sortir de son canapé ». Ça nous fait un peu mal au ventre de ne pas y avoir notre place, et qu’on nous reproche de ne rien faire, alors que ce sont aussi nos luttes. Ces injonctions sont validistes. Elles effacent par ailleurs le travail fait hors-rue par tout un tas de militant.e.s.

Le but de ce zine, c’est de vous aider à changer : rendre vos manifs accessibles, nous inclure activement dans vos luttes et vous amener à lutter à nos côtés.

Plan de l’article

  1. Rendre votre orga accessible
  2. Organiser des manifs autrement
  3. Discriminations et harcèlement
  4. Informer, informer, informer

« Handi.e. » désigne ici une identité, un terme-parapluie qui englobe des personnes concernées par tous types de maladies, troubles, douleurs, visibles ou non, chroniques et durables. On peut aussi lister « handie (sous-entendu moteur ou visible), malade chronique, PA (psychoatypique), NA (neuroatypique), Sourd.e.s, Malvoyant.e.s, etc ».

Être handi.e n’est pas un coup du sort, c’est une identité politique à partir de laquelle on peut faire une critique des oppressions systémiques. Comme pour toutes les autres, il y a une différence entre « être concerné par » et politiser son identité, s’en prendre à un système oppressif, ici validiste. Comme pour toutes les autres, il y a une grande diversité de situations individuelles, de vécus et de prises de conscience. Très souvent, le validisme est internalisé (melitruc.wordpress.com/2018/02/26/spirale-internalisation-et-validisme).

Le point commun : être exposé au validisme (infokiosques.net/spip.php?article184)

Le validisme, c’est une oppression systémique qui détermine que la norme et la seule existence acceptable est celle de l’idéal de la médecine. Pas de trouble, de maladie, de douleur, de souffrances psy, des gentes-machines productives : toutes les autres existences sont sans valeur, pitoyables ou maltraitables, et leur mort n’est qu’un détail de l’histoire (d’ailleurs c’est elleux les méchant.e.s, qui mentent, qui manipulent, c’est bien connu). Nos corps et notre mental sont parfois compliqués au quotidien, mais ce sont les normes et les attentes sociales qui nous handicapent, de l’architecture et l’urbanisme, aux normes scolaires, au droit du travail, aux normativités médicales.

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On vous demande de changer. Ce n’est pas pour votre auto-satisfaction ni auto-congratulation. C’est une question de responsabilité politique :

Nous avons nos propres luttes, autonomes : nos propres modalités d’organisation, nos lieux, nos réseaux, nos moments, nos publications. On n’a pas besoin de vous pour ça. Mais pourquoi se croise-t-on si rarement ?

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Vos revendications nous oublient – malgré tous nos points communs et toutes les intersections où on pourrait se rencontrer. Vous préparez un futur dans lequel nous n’avons pas de place, nous qui ne serons jamais productives à 100%. Dans vos futurs, vous pourrez continuer à nous infantiliser, à nier notre autonomie, à nous pathologiser ou ignorer nos besoins d’adaptations… Ce futur ne sera pas juste. Intégrez-nous explicitement dans vos luttes et faites évoluer vos revendications.

Que pouvez-vous faire ?

C’est un travail de long terme, de formation politique, qui implique d’accepter de transformer vos manières de réfléchir et d’agir. Ce travail prend beaucoup de temps et aucune orga ne sera immédiatement parfaite. C’est chaque pas qui compte.

Partie 1 – Rendre votre orga accessible

Avant les préparations de la manif, c’est important de faire le détour par votre organisation, collectif, asso, etc. Comment fonctionnez-vous ?

1.1. Votre orga est-elle vraiment accessible ?

Aucune personne handie dans votre orga ?

Et pourtant ! Plein de militantes handies sont politisées, révolutionnaires et radicales – allez voir sur les réseaux.

Et pourtant ! Dans la plupart des orga et collectifs, un certain nombre de personnes ont des diagnostics, troubles ou problèmes de santé. Elles ne se reconnaissent pas forcément dans l’identité politique handie, elles ne parlent pas forcément de leurs difficultés. Et pourtant, elles ont des besoins d’accessibilité et sont confrontées en permanence aux barrières de l’orga, elles s’épuisent, se dévalorisent, se démotivent et bingo ! – risque de burn-out militant. Elles n’osent pas forcément demander plus des aménagements, par peur des discussions intrusives, des questions sur les diagnostics, des conseils non sollicités de traitement, des jugements sur leur personne et leur manière de faire. Elles sont dans un environnement validiste qui ne propose aucun moment d’échange, qui ne garantit pas l’absence de jugement ou de stigmatisation, ni la compréhension envers nos limites, ni le fait que nos demandes d’adaptation ne sont pas des souhaits mais de vrais besoins.

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1.2 Permettre la participation des handies

C’est peut-être par là qu’il faut commencer pour le long terme : s’adapter aux besoins et travailler sur l’accessibilité.

  • Permettre à chacun.e d’exposer ses besoins en termes d’accessibilité et d’adaptations. Attention : les diagnostics sont des secrets médicaux. On ne demande pas un diagnostic et on ne dit pas « moi le gluten j’y crois pas ». Le faux-handi est un des clichés du validisme.
  • Répondre le mieux possible aux besoins exprimés, et vérifier leurs effets.
  • Chercher des locaux sans marches (oui c’est compliqué) avec des toilettes vraiment adaptées et au calme, sans fumée ni offre manifeste de boissons alcooliques.
  • Faire très attention à la modération des discussions, avec point météo (comment chacun.e se sent aujourd’hui, limites ou besoins spécifiques), ordre du jour, tours de tables, horaires à respecter pour que les discussions ne s’éternisent pas. La modération doit éviter que ce soient toujours les mêmes qui prennent la parole, que les prises de parole ne s’éternisent pas, qu’il n’y ait pas d’effet d’intimidation ou de silenciation par des arguments d’autorité.
  • Valoriser le travail fait depuis chez soi – souvent en ligne, mais pas seulement – de mobilisation, d’information, d’organisation, de coordination… ou encore un travail de soutien au sein du collectif, d’écoute, de cohésion, de care. La coordination IRL/IVL est fondamentale. Valoriser celleux qui sont dans l’ombre, ne sont pas souvent présent.e.s et ne se montrent en public que très rarement.

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1.3 Observer le validisme au sein de votre orga

Il ne suffit pourtant pas de mettre en place plus d’accessibilité matérielle. Le validisme est aussi une idéologie et une manière d’organiser les activités communes et de créer des hiérarchies. Une étape cruciale est d’accepter de voir le validisme dans votre orga elle-même. Quelles sont les modes d’organisation du travail ? Permettez-vous bien à chacun.e d’avoir le temps de repos, de calme et de régénération nécessaire (à l’échelle d’une réu ou d’une année) ? Tout est-il toujours fait à la dernière minute sous le stress ? Quelles sont les attentes envers les membres, les injonctions explicites ou implicites de productivité ?  Comment fonctionne la (dé)valorisation : quels comportements ou capacités sont héroïsés et lesquels sont dénigrés ? Quel est le langage est utilisé  dans vos slogans, textes et pancartes : n’est-il ni sexiste, ni raciste, ni validiste ? Ne traitez-vous pas vos adversaires de « fous », de « malades » ou n’utilisez-vous pas des noms de maladie, de diagnostic ou de traitement de manière métaphorique (« le cancer de », « être autiste », « être sourd à ») ?

Il n’y a pas de secret. Le validisme, comme le racisme et le sexisme, sont omniprésent au quotidien dans toute la société. Il n’y a aucune raison pour que votre orga soit une exception. Vous reproduisez du validisme. Observer et montrer le validisme au sein de vos orgas est fondamental pour une prise de conscience – sans héroïsme et sans croire que votre ego sera touché.

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1.4 Intégrer l’antivalidisme dans vos luttes

Féminisme ? Anticapitalisme ? Décolonial ? Syndicat ? Solidarité migrant.e.s ? Queers ? Luttes urbaines ? Autonomes ? mais quel rapport avec l’anti-validisme ?

On pourrait croire que cela n’a rien à voir. Et pourtant quelles que soit vos luttes de justice sociale, d’émancipation, radicales : les intersections avec le validisme sont énormes.

  • Les personnes handies, PA, NA et malades chroniques vont souffrir autrement des oppressions, des rapports de pouvoir contre lesquels vous luttez.
  • L’expérience quotidienne des oppressions (encore plus lorsqu’elles s’accumulent) nous rend concrètement malades, dans notre corps et mental.

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Quelques exemples d’intersections :

  • Les personnes handies se retrouvent plus souvent à la rue que les personnes valides
  • Très souvent elles sont enfermées en institutions « de soin » ; et lorsqu’elles vivent de manière autonomes, elles galèrent à trouver des logements accessibles et si elles emménagent avec un.e partenaire avec un revenu, elles perdent leur allocation handicap personnelle.
  • Violences sexuelles, violences de genre : Les personnes handies sont plus souvent agressées sexuellement que les autres – tout particulièrement les femmes neuroatypiques.
  • Droits reproductifs : elles sont stérilisées, avortées, ou on leur enlève les enfants contre leur gré.
  • Les violences policières et meurtres policiers touchent massivement les Noir.e.s handi.e.s (neuroatypiques, sourd.e.s…)
  • Les personnes racisées sont sous-diagnostiquées, leur douleur n’est pas prise au sérieux et ne sont pas soignées comme il le faudrait, entraînant une surmortalité liée au racisme médical.
  • Les imaginaires et pensées crip et queer sont très proches et ont beaucoup de points communs – tout comme des vécus d’exclusion sociale, reproductive, de violences médicales très proches.
  • etcetera…

Dans votre orga, tout doucement (oui ça prend du temps, personne n’est parfait ni y arrive du 1er coup), la conscience du validisme grandit, tout le monde apprend, la parole se libère et progressivement. Progressivement l’orga et ses évènements deviennent de plus en plus accessibles.

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Partie 2 – Organiser des manifs autrement

Quand votre orga fait une vraie place aux militant.e.s handies, qu’elles sont écoutées, crues et prises au sérieux, organiser une manif non validiste devient plus facile.

Voici une liste d’idées. Il n’y a pas de solution miracle, mais des besoins et priorités qui changent selon les moments, les situations, les personnes présentes.

2.1 Se rendre à la manif

Les centres des grandes villes sont parfait pour des manifs – mais tout le monde n’y a pas accès facilement.

  • Un groupe de covoiturage peut permettre à certain.e.s d’éviter l’angoisse des transports en commun et de  se perdre, et de ne pas avoir à payer un trajet en transport en communs.

Repérer un lieu de rendez-vous n’est pas facile pour les personnes aveugles ou dyspraxiques par exemple.

  • Organiser des binômes pour venir chercher les personnes à un point de rendez-vous et les guider jusqu’à ce qu’elles retrouvent les personnes avec lesquelles elles veulent manifester.

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2.2 Trajet et toilettes

Avec une aide à la mobilité, on ne peut pas pratiquer tous les terrains à toutes les vitesses. Un trajet au revêtement lisse, sans pavés, sans marches, sans rues cabossées ni série de dos d’ânes est nécessaire (à vérifier avant de faire la déclaration de la manif).

  • Pour les manifs de plus d’un kilomètre, prévoir des moments de pause (discours, musique pas trop forte ni trop agressive) où on peut vraiment s’asseoir à l’ombre.
  • Prévoir des rendez-vous de mi-parcours à des endroits faciles d’accès (station de tram/métro) pour permettre aux personnes d’entrer ou sortir dans la manif facilement… et tenir les horaires !
  • Veiller à ce que la marche ne soit pas trop rapide, avec des changements brutaux, et qu’il ne soit pas nécessaire de courir.
  • Veiller à ce qu’il y ait des toilettes accessibles tout au long du trajet : toilettes publiques ou toilettes privées praticables en fauteuil (se fier à l’expérience des concerné.e.s et pas les affichages). Louer des toilettes de chantier là où des toilettes accessibles font défaut. Les toilettes de chantier accessibles existent. Plus une manif est longue, plus la question des toilettes est importante.

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2.3 Entendre quand on ne voit pas & Voir quand on n’entend pas

Les personnes Sourdes et malvoyantes sont quasiment tout le temps oubliées des manifs.

  • Financer des interprètes de LSF pour traduire les discours (que les personnes Sourdes écoutent ou parlent elles-mêmes) ou traduire les discussions spontanées entre une personne Sourde et une personne entendante.
  • Pour les personnes aveugles et malvoyantes, la communication en ligne accessible en amont est essentielle
  • Faire des annonces claires et régulières par micro, sans musique, sans boucan
  • Signalétique sur place à base de graphismes de très grande taille, clairs et simples.

2.4 Prendre le temps de lire

Discours, slogans, mots d’ordre, appels à manifester… Une manif c’est revendicatif et plein de contenus compliqués. Pour que tout le monde comprenne, quel que soit l’âge, la maîtrise de nos jargons, le fait qu’on n’entende pas bien ou qu’on arrive en retard : imprimer les discours, revendications, slogans est essentiel.

  • éviter le jargon et on fait des phrases courtes
  • écrire en gros caractères
  • expliquer les mots compliqués
  • expliquer le contexte : tout le monde n’est pas un.e super-militant.e qui connaît toute l’histoire de la loi machin.

On peut aussi inviter les voisins-voisines à lire à voix haute aux personnes autour.

2.5 Le boucan

Une manif, c’est beaucoup de monde, de mouvements, de bruits imprévisibles et intempestifs, des sono trop fortes, des bruits d’explosion de pétard, des chants très forts, des sirènes de stades qui déchirent nos tympans et sont un risque de santé mentale

  • Identifier et signaliser dans le cortège des blocs calmes, sans sono, sans tambours, sans agitation, avec une équipe d’accompagnant.e.s.
  • Interdire pétards et sirènes, qui sont extrêmement anxiogènes.
  • Distribuer des bouchons d’oreille à gogo, surtout à proximité des sonos.
  • Avoir un sérieux dialogue continu avec la personne qui a le doigt sur la sono. S’abîmer les oreilles collectivement ne fait pas advenir la révolution plus vite.
  • Réfléchir à deux fois avant de faire une manif de casseroles. Vraiment.

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2.6 La lumière

Les manifs, c’est souvent le risque de rester des heures au soleil.

  • Mettre des parapluies à disposition des personnes sensibles aux rayonnements, à la chaleur et à la lumière, et les récupérer à la fin par exemple dans l’un des camions. Ils sont utiles s’il pleut ou s’il faut se protéger des projectiles hostiles, et même pour éloigner les libidineux qui nous collent en manif.
  • Éviter les lumières mouvantes ou éblouissantes (gyrophares, spots, boules à facettes, stroboscopes). On peut fêter les fiertés sans déclencher des crises d’épilepsie à saon voisine.

2.7 L’anxiété

L’anxiété est très répandue. En manif elle est souvent redoublée par les risques d’interventions policières, la nasse, les charges, l’arrestation, les armes – ou celui d’être séparé.e de ses ami.e.s dans un mouvement de foule.

  • Des espaces de repos et de calme sont essentiels (cf. chapitre suivant).
  • Une équipe d’accompagnant.e.s, des personnes-ressources, clairement identifiées, qui peuvent être présent.e.s, à l’écoute et procurer de l’aide si besoin.
  • Une attention les un.e.s aux autres est primordiale (cf. partie suivante)

2.8 La grosse fatigue

Une des difficultés les plus courantes qui empêche de venir en manif est la fatigue. On est à bout de forces souvent avant même que le cortège démarre.

  • Une grande voiture-balai type transporteur, sans sono ni agitation, avec des places assises et beaucoup de détente peut en sauver plus d’un.e.
  • Un char avec des places pour des personnes en fauteuil
  • Un espace de repos, à l’arrivée de la manif, à l’abri des intempéries et dans un coin tranquille, avec de quoi s’asseoir, boire et lire, et une équipe d’accompagnant.e.s peut nous permettre de participer sans être au cœur de l’action.
  • Des distributions d’eau partout dans le cortège peuvent nous permettre de ne pas tomber malade, car porter des bouteilles d’eau c’est très lourd.
  • Des distributions de sucre pour éviter les hypoglycémies.

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2.9 L’essentiel : une équipe d’accompagnant.e.s

Pour tout un tas de raisons, une grande équipe d’accompagnant.e.s est fondamentale. Elle est là pour informer, médier, expliquer, intervenir, mettre à l’écart voire demander de partir si rien d’autre ne fonctionne.

  • Il est conseillé de travailler en binôme sur des plages de 2h, avec plusieurs binômes actifs à différents endroits de la manif (camions, espace de calme dans la manif, espace de repos à l’arrivée, et surtout à plusieurs endroits du cortège).
  • Pour ne pas jouer au sauveur ni reproduire des discriminations (car la discrimination bienveillante existe), il est important que ces équipes ne soient pas un groupe uniforme d’hommes cis valides. Au contraire, une diversité d’expériences et de positions est centrale.
  • Comme « être concerné.e » ne suffit pas non plus à tout bien (savoir-)faire, il est important que ces équipes soient sensibilisées et entraînées à la communication non-violente, au respect des différences, aux oppressions et intersectionnalités.
  • Pour se préparer, travailler à l’avance plusieurs scénarios pour remédier aux conflits, micro-agressions, propos oppressifs, gestes inappropriés. Ce n’est pas un service d’ordre, c’est un service d’écoute avant tout, personne ne joue au sauveur.
  • Distribuer des flyer expliquant le travail de l’équipe et leur rôle en début de manif
  • Porter une chasuble distinctive visible de loin
  • Distribuer eau, bouchons d’oreille, tout ce qui peut faire du bien.

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Partie 3 – Discriminations et harcèlements

Dans toutes nos manifs – comme dans toute la société – nous sommes confronté.e.s au racisme, sexisme, classisme, validisme, à la grossophobie et tant d’autres oppressions structurelles malsaines qui nous rongent de l’intérieur.

Quand on en parle, qu’on ose se lever et montrer le problème, on ne « scinde » pas le mouvement. On met juste en lumière à quel point la souche est pourrie et n’est pas une bonne base pour nos luttes.

Des formes les plus violentes jusqu’au micro agressions verbales, certaines personnes, surtout à l’intersection de plusieurs oppressions, sont particulièrement exposées, même au sein de vos manifs. Il n’y a pas d’immunité. C’est important de tout faire pour que vos manifs et vos mouvements ne soient pas des lieux où les violences, dénigrement et mépris sont tolérés.

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3.1 Faire attention les un.e.s aux autres

  • L’idéal c’est une auto-régulation de manif, avec de l’entraide et où on est responsable les un.e.s des autres. Pour inciter et faciliter cette responsabilisation, mettre en place un affichage clair, avec des pancartes, flyer, messages dans le micro réguliers, disant que les comportements abusifs ne sont pas tolérés.  Cet affichage clair permet à l’équipe d’accompagnement de s’y référer quand il y a un conflit (du type « on peut rire de tout » par exemple). Quand c’est fait pour une manif, on peut le réutiliser pour toutes les manifs et même les prêter aux copain.e.s.

 

  • Chacun.e fait attention à ce qu’il se passe autour de soi. Et si on se pose une question, si quelqu’un est en difficulté, on lui pose la question. Sans consentement explicite, on ne touche pas, on ne donne pas son avis, on  n’intervient pas. On établit d’abord le contact : « Salut, moi c’est machin.e, et toi ? comment ça va ? »

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  • On refuse le validisme dans nos manifs. On refuse les commentaires sexistes. Et les dessins ou les slogans qui utilisent la sexualité pour dévaloriser et mépriser. On ne veut pas d’homophobie. On ne veut pas de transphobie. On ne veut pas de questions sur les « origines » ni « t’es un homme ou une femme ». On ne touche les cheveux de personne et on ne se déguise pas « ethnique ».

En tant que personnes handies, PA, NA, malades chroniques, les discriminations et harcèlement prennent des formes bien spécifiques – différentes selon que le handicap est visible ou non, qu’il est (dé)valorisé ou non par l’entourage, que la personne est considérée comme dangereuse ou non. Il y a d’un côté le validisme bienveillant (mais malfaisant malgré tout) : louer le courage, « vous êtes tellement inspirant », « à ta place je pourrais pas », infantiliser, s’adresser aux accompagnateurices (aide de vie, partenaire, ami.e.s) au lieu de parler à la personne elle-même, etc. Il y a d’un autre côté le validisme malveillant (et tout aussi malfaisant) : mettre en doute, insulter, repousser, agresser.

Il est crucial que l’équipe d’accompagnement soit consciente des formes spécifiques que prend le validisme dans les cortèges de manifs et des fiertés, s’entraîne à les repérer, fasse des rappels réguliers audio et sur des flyers.

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3.2 Paternalisme et Maternage

Oui, on a des fauteuils, des cannes, des déambulateurs, des médocs et oui, on va en manif. On se connaît, on connaît le contexte, on a des ressources et des savoir-faire et on se débrouille. Vous ne savez rien sur nous, pas la peine de nous décourager de venir.

  • On n’est pas là pour faire joli, pour que vous touchiez nos corps, tête, cheveux ou bras. Ne jamais toucher quelqu’un, même tombé à terre, sans qu’ielle vous l’ait demandé explicitement et personnellement. Bref, on ne touche personne sans consentement, handi.e, racisé.e, quel que soit le genre de la personne.
  • Ne touchez jamais au fauteuil, canne ou aide à la mobilité d’une personne handie, même à l’arrêt. JAMAIS. Toutes vos bonnes intentions de sauveurs nous mettent en difficulté. Si on a besoin de vous, on vous le fera savoir explicitement et on désignera quelqu’un.e.
  • -Ne posez pas pas de questions sur nos diagnostics ou sur nos symptômes ou sur nos cures… on est en manif, pas en consultation, et on n’a pas besoin ni de votre avis ni de vos jugements.

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  • En manif, pas besoin de nous adresser la parole autour de notre handicap pour y projeter vos préjugés. Laissez-nous en paix. Si on a besoin de quelque chose, on saura le demander. Si nous vous paraissons en danger, adressez-vous à nous avant toute intervention et sinon à l’équipe d’accompagnement. Pas d’intervention sans consentement.
  • Pour mémoire, nos histoires de vie et notre quotidien ne sont pas du tout inspirants. A notre place, vous y arriveriez tout pareil. Et non, vous ne « préfèreriez pas mourir ». L’eugénisme internalisé a la vie dure.

3.3 Nous sommes neuroatypiques et psychoatypiques, pas dangereux

En particulier quand on est neuro- ou psychoatypique ou qu’on a une maladie neurologique, on peut avoir des comportements qui paraissent étranges et « pas normal ». Nos manières de marcher, de parler, de faire des mouvements inattendus, des mouvements répétitifs… c’est surprenant, vous n’avez jamais vu ça, mais ce n’est pas pour ça que nous sommes dangereuxses. Laissez-nous vivre notre fierté, notre lutte, notre colère comme nous le voulons. Si vous avez des doutes sur notre bien-être et que vous vous inquiétez, informez-vous auprès de l’équipe d’accompagnement.

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3.4 Accepter de croire les handicaps invisibles

Lorsqu’une personne avec un trouble ou maladie chronique « invisible », qui ne sera pas identifié d’emblée comme « handie » manifeste un besoin ou une limite, il arrive souvent qu’elle ne soit pas crue. Qu’on lui demande de « prouver » quelque chose, dise qu’elle est une « chochotte », que « ouais t’as raison il fait chaud au soleil c’est le principe », et qu’on l’empêche d’avoir accès à ce dont elle a besoin. Cette atmosphère rend impossible la formulation des besoins, des vrais besoins, ceux qui font qu’on souffrira moins, moins longtemps. Il est très important qu’on apprenne à les prendre en compte collectivement : ce n’est pas seulement de la responsabilité individuelle de la personne de s’organiser (merci l’anarchisme individualiste de la loi du plus fort) ; ce n’est pas seulement la responsabilité de l’orga de tout prévoir et organiser, c’est aussi une responsabilité collective, de chacun.e (hommes cis compris) de voir comment on peut s’arranger.

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Partie 4 – Informer, informer, informer

Tous vos efforts pour faire des manifs de moins en moins validistes seront encore plus réussis si la communication sur l’accessibilité est complète, précise, fournie en avance, sur place et après la manif.

4.1 Informer en amont

Sans information, les personnes handies ne sauront pas et ne viendront pas. Le but est d’informer sur tous les éléments listés ici. Qu’en sera-t-il de :

  • L’accès à la manif, le trajet, les toilettes ?
  • L’accessibilité pour aveugles et malvoyant.e.s, et la LSF ?
  • Un bloc tranquille, une voiture balai, un espace de repos à l’arrivée ?
  • Une équipe d’accompagnement ?
  • Des distributions d’eau, bouchons d’oreilles, parapluies ?

4.2 Informer pendant

Une fois sur place, tout le monde ne sera pas au courant de toutes les mesures d’accessibilité :

  • les répéter au micro régulièrement
  • les lister sur des flyers écrit gros et diffusés en masse

On ne saura pas où trouver l’aide humaine (or les manifs sont épuisantes). Des grandes chasubles fluos de couleurs différentes permettront de distinguer :

  • l’orga de la manif
  • les interprètes LSF
  • l’équipe d’accompagnement
  • les médics
  • le service d’ordre
  • Mettre un numéro de téléphone pour contacter quelqu’un en cas de problème (qui redispatche à la personne la plus proche)

Les brassards sont minuscules et invisibles dans la foule, surtout depuis un fauteuil ou quand on a des problèmes de sensorialité ou de vision.

4.3 Informer après

  • Après la manif, montrer avec des photos, vidéos, des témoignages, des récits et observations, de ce que vous avez fait pour rendre la manif plus accessible. Avec le consentement des personnes bien sûr.
  • Réfléchir et raconter ce qui a plus ou moins bien marcher.
  • Diffuser un maximum, partager les ressources avec d’autres manifs.

Merci d’avoir lu jusqu’au bout.

Personne n’est parfait.e. Tout ça prend du temps de réflexion, de lecture, d’échanges d’expériences.  Si vous avez fait seulement quelques petites adaptation cette fois, la fois prochaine vous arriverez à en faire plus ! Ce zine a lui aussi certainement des défauts : n’hésitez pas à signaler et proposer des corrections, à le reprendre pour l’améliorer et le transformer. L’important c’est qu’on avance ensemble, chacun.e à son rythme.

Et comme il faut une bonne année de préparation pour mettre en place une manif non-validiste, on vous dit : à l’année prochaine !

Zine écrit à partir de l’expérience d’organisation de la Parade Handie/Fol.le.s de Berlin, enrichi des idées du twitter handi francophone.