Aimer les malades

Aimer les malades

Quelqu’un.e
(peut-être toi)

est malade

depuis longtemps, souvent
ou pour longtemps.

Malade, ça veut dire

souffrance

limitation

douleur

risque

mort.

C’est la vie

c’est très dur
peut-être même c’est tragique,

ce n’est pas grave
en soi.

Ce qui est grave, c’est ce que nous tout.es en faisons ;

nous faisons trop souvent (du) mal.

La douleur

nous ne vous voulons pas voir,

alors nous enjoignons les malades à guérir

(tout doit rentrer dans l’ordre au plus vite) ;

les limitations

nous refusons d’accepter,

alors nous enjoignons les malades à se réparer-dépasser-autonomiser, à se dé-limiter ;

les risques

nous  croyons maîtriser,

alors nous étiquetons et contraignons les malades ;

la souffrance

nous menace,

alors persuadons les malades que la vraie cause est une faille profonde de leur  âme ;

l’incertitude

nous ne supportons pas,

alors nous enfermons les malades dans des diagnostics médicaux réducteurs ;

de la mort

nous avons peur,

alors nous délaissons les mourrant.es.

Il nous faut apprendre à aimer les personnes singulières

avec leur corps, leurs troubles, handicaps, machins, crises, états bizarres.

Quelqu’un.e,
(peut-être toi)
est malade ?

Passons du temps ensemble,

à faire des choses qui nous plaisent,

dans des lieux confortables,

écoutons parler,
sans questionner,

écoutons très fort et croyons ce qui est dit,

souvenons-nous que nous n’en savons rien,

laissons couler les larmes les bras grands ouverts,

exprimons notre affection,

profitons des plaisirs des cinq sens à portée de la main.

Nous les valides,

n’ayons jamais peur (ni peur d’elleux
ni peur pour elleux),

apportons notre soutien concret là où nous pouvons,

quand il est bienvenu,

sans charité
sans traitement de faveur
avec confiance
avec simplicité.

C’est tout et
c’est déjà
beaucoup.